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La parole de Dieu est incréée. Ainsi est le Coran : parole de Dieu, donc incréé. Jésus est

La parole de Dieu est incréée. Ainsi est le Coran : parole de Dieu, donc incréé. Jésus est "parole de Dieu" selon le Coran ; ne serait-il pas lui aussi incréé ?

Par Anas • 29 avr, 2009 • Catégorie: b - Croyances au sujet de Dieu, d- Christianisme

 

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Question :

Selon vos dires même, la Parole de Dieu est incréée.

Toujours selon vous, le Coran est la Parole de Dieu. Ce qui fait que le texte du Coran est incréé.

Or dans le Coran je lis que Jésus est lui aussi le Verbe de Dieu (4:171). Donc Jésus est incréé, cela ressort de ce que le Coran lui-même dit !

Par ailleurs, je lis aussi dans ce verset du Coran que Jésus est l'Esprit de Dieu (4:171). Donc le Coran reconnaît lui-même que Jésus est bien Dieu, présent sur terre dans un corps de chair.

Réponse :

"Jésus fils de Marie est Dieu incarné", cela ne peut pas être ce que le Coran veut dire, puisque ce même Coran affirme, tout au contraire : "Sont devenus incroyants ceux qui ont dit : "Dieu, c'est Jésus fils de Marie"" (Coran 5/17). "Etre incroyant", c'est "n'avoir pas la foi que Dieu agrée".

 

Au sein d'un même texte, il s'agit de lire les passages "équivoques" à la lumière des passages "univoques" (cliquez ici pour en savoir plus) ; et non de ne considérer que les passages "équivoques" et de faire comme si on n'avait pas vu les passages "univoques" (cliquez ici pour l'application de ce principe à propos des textes évangéliques parlant de Jésus).

La question que vous posez est un classique : Ahmad ibn Hanbal (et d'autres) l'avait déjà citée (cf. Al-Jawâb us-sahîh li man baddala dîn al-massîh, 2/252).

La réponse est, en résumé, que quand le Coran dit que Jésus est "une parole de Dieu", cela ne veut pas dire qu'il est en soi une parole de Dieu, mais qu'il est la conséquence directe d'une parole de Dieu. Et quand il dit que Jésus est "une âme, de Dieu", cela ne veut pas dire que Jésus est une âme qui est une partie de Dieu, mais qu'il est une âme envoyée de la part de Dieu pour former son être.

Explications détaillées...

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1) Pour ce qui est du nom "Parole de Dieu" attribué à Jésus dans le Coran :

1.1) Premièrement :

En langue arabe, le terme "kalâmullâh" désigne tantôt l'Attribut divin de Parole, et tantôt la parole que Dieu a prononcée. Par contre, le terme "kalimatullâh", lui, ne désigne que la parole prononcée par Dieu.

Or le verset auquel vous faites allusion (Coran 4/171) dit de Jésus qu'il est "kalimatullâh" ; il n'est nulle part dit dans le Coran que Jésus serait "kalâmullâh". On peut donc dire que, à propos de Jésus (sur lui soit la paix), le Coran n'emploie pas le qualificatif "Verbe de Dieu", au sens de l'Attribut divin de Parole, mais seulement le dénomination "parole de Dieu", au sens de parole prononcée à un moment donné par Dieu.

Un autre verset précise bien que Jésus n'est qu'une parole : Jésus y est désigné par l'appellation "une parole venant de Dieu" ("kalimatun minh") (Coran 3/45).

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1.2) Deuxièmement :

Notre croyance est effectivement que toute parole prononcée par Dieu est incréée (cliquez ici).

Cependant, si Jésus est bien désigné par l'appellation "une parole venant de Dieu", cela ne signifie pas qu'il serait en soi une parole venant de Dieu, laquelle aurait pris place à l'intérieur d'un corps de chair. Cela signifie que, corps et âme, Jésus est la conséquence directe d'une parole venant de Dieu.

Le Coran désigne la pluie par le nom : "miséricorde de Dieu" : on y lit ainsi : "Et Il est Celui qui envoie les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde" (Coran 7/57) ; "Et Il est Celui qui a envoyé les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde" (Coran 25/48) ; "Et qui envoie les vents comme bonne nouvelle avant Sa miséricorde ?" (Coran 27/63) : dans ces trois versets, "Sa miséricorde" désigne "la pluie". Or la pluie n'est pas l'Attribut divin de Miséricorde (sifat ur-rahmah), ni en soi une action divine de miséricorde (car "rahmah" est une sifatu dhât mais aussi une sifatu fi'l : FB 13/531). La pluie est seulement la conséquence, l'effet, de l'Attribut divin de Miséricorde : c'est à cause du fait qu'Il est Miséricordieux que Dieu envoie la pluie pour les habitants de la terre. Or on voit que le nom "miséricorde de Dieu" lui a été attribué dans le Coran.

Pareillement, le prophète Muhammad relate que Dieu a dit, s'adressant au Paradis : "Tu es Ma Miséricorde" (rapporté par al-Bukhârî, n° 7011 ). Or le Paradis n'est pas en soi l'Attribut de Miséricorde de Dieu : il est seulement le lieu où Dieu fait Miséricorde aux humains, le lieu où Il fait habiter ceux des humains à qui Il veut faire Miséricorde. Pourtant il a été nommé "miséricorde de Dieu".

Le Coran désigne l'univers que nous voyons par l'appellation : "création de Dieu (khalq-ullâh)" (Coran 31/11). Or cet univers n'est pas l'Attribut divin de Création (sifat ul-khalq), ni l'action de création de Dieu (fi'l ul-khalq). Il est la conséquence, l'effet, de l'action de création divine : il est en fait le makhlûq de Dieu.

De la même façon, Jésus est dit "parole venant de Dieu" non pas au sens où il est une parole de Dieu même, mais au sens où il est la conséquence directe de la parole "Sois !" que Dieu a prononcée pour le créer.

Toute chose que nous voyons sur terre est venue à l'existence par la parole "Sois !" de Dieu : en effet, Celui-ci dit : "Notre parole à quelque chose, lorsque Nous voulons qu'elle (soit), n'est que de lui dire "Sois !", et elle est" (Coran 16/40) : une "chose" est ce qui est déjà venu à l'existence, mais aussi ce qui est représenté mentalement et n'est pas impossible en soi (ghayr mumtani' li dhâtihî), même si cela n'est pas encore venu à l'existence ; c'est à une telle "chose", dont Il a prédestiné l'existence, que Dieu dit "Sois !" et elle est (MF 8/8-10). Mais en sus de lui dire "Sois !", en général c'est suite à un enchaînement de causes et d'effets que Dieu fait venir une chose terrestre à l'existence ; en effet, en général Dieu fait intervenir pour cela les causes matérielles qu'Il a Lui-même créées (asbâb mâdiyya 'âdiyya). Ainsi, si les fruits apparaissent eux aussi par la parole divine "Sois !" (puisqu'ils sont eux aussi des "choses"), Dieu dit qu'"Il a fait descendre du ciel une eau, et alors Il a fait apparaître, par elle, des fruits comme subsistance pour vous" (Coran 2/22). Les fruits ont donc des causes immédiates et visibles, ainsi que des causes médiates et invisibles pour nous : l'eau et toute autre chose nécessaire à leur naissance, leur croissance, leur mûrissement sont leurs causes immédiates ; et la Volonté de Dieu et Sa Parole "Sois !" sont leurs causes médiates (bien qu'invisibles à nos yeux).
De même, Dieu dit qu'Il a créé l'être humain, homme et femme, "à partir ("min") d'une goutte qui a été répandue" (Coran 53/45-46) ; il s'agit d'"une goutte de sperme" (Coran 75/37) ; Il a créé l'homme "à partir d'une goutte, des mélanges" (Coran 76/2) : selon Hamidullah, ces "mélanges" représentent l'élément mâle et l'élément femelle (Le Saint Coran, Traduction intégrale et Notes de Muhammad Hamidullah).
Mais dans le cas de Jésus, étant donné qu'il est né miraculeusement, sans père (cliquez ici), la Parole "Sois !" de Dieu est la cause immédiate de sa naissance. C'est pourquoi son nom est relié à cette cause immédiate de sa venue à l'existence, et il a été dénommé "une parole venant de Dieu". En ce qui concerne les autres hommes, cette parole "Sois !" étant la cause médiate de leur venue à l'existence, ils ne sont pas nommés "une parole venant de Dieu". Al-Ghazâlî (Algazel) a longuement expliqué cela (Ar-Radd ul-jamîl li ilâhiyyati 'îssa bi sarîh il-injîl, pp. 58-60).

Adam, le premier homme, aussi est né sans père (et même sans mère), et Dieu lui a dit "Sois !" et il a été (Coran 3/59). Cependant, Dieu a créé le corps de Adam à partir de boue (Coran 38/71) : Il l'a créé par Ses deux Mains (Coran 38/75), Il l'a établi (sawwâ) (Coran 15/29, 38/72). Il existait ainsi un corps fait à partir de boue, et c'est en ce corps que Dieu a insufflé l'âme de Adam (voir Coran 15/29, 38/72). Le corps de Adam a donc été créé directement par Dieu. Mais Jésus, lui, n'est pas passé par un stade "corps de boue, établi et créé directement par Dieu, par Ses deux Mains", corps dans lequel son âme aurait été insufflée ; son corps a comme cause immédiate la parole "Sois !" de Dieu. C'est ce qui explique que Jésus ait été nommé "une parole venant de Dieu", alors que Adam n'a pas reçu un tel nom.

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2) Pour ce qui est maintenant du nom "Esprit venant de Dieu" :

Voici exactement ce que le verset dont vous parlez dità propos de Jésus : "rûhun minh" (Coran 4/171), ce qui signifie "un esprit/une âme, de Dieu".

Cependant, la particule arabe "min" ("de") peut signifier des choses variées, l'une étant le fait que "cela fait partie de" (tab'îdhiyya), une autre que "cela est envoyé de / par" (ibtidâ' ul-ghâya).

Dans un autre verset, Dieu dit, parlant de Marie : "Et celle qui avait préservé sa chasteté ; Nous insufflâmes en elle une âme, de Nous" (Coran 21/91 ; le verset 66/12 est voisin). Dans ces deux versets, il est bien entendu question d'avoir insufflé cette âme en Marie non pas pour donner vie à Marie, mais pour donner vie à Jésus dans le sein de Marie (Bayân ul-qur'ân, note de bas de page).

Or la même chose a été dite au sujet de Adam dans deux autres versets du Coran : "Alors, lorsque Je l'aurai établi et y aurai insufflé de Mon âme ("min rûhî"), prosternez-vous devant lui" (15/29, 38/72).

Lorsqu'un terme est, de la sorte, en rapport d'annexion avec le nom "Dieu", cela peut signifier deux choses :
a) soit la chose que ce terme indique n'est pas établie de façon séparée de Dieu : dans ce cas cette chose, dont le nom est en rapport d'annexion avec le nom "Dieu", n'est pas une créature mais un Attribut de Dieu : c'est le cas des "deux Mains" de Dieu (Coran 38/75), de "la Miséricorde de Dieu" (Coran 7/56) : etc. ;
b) soit la chose que ce terme indique est établie de façon séparée de Dieu, et est une créature de Dieu ; dès lors, le fait que le nom qui la représente soit en rapport d'annexion avec le nom "Dieu", cela est dû à l'une des deux raisons suivantes :
-- b.a) soit ce rapport d'annexion exprime que cette chose appartient à Dieu (c'est un rappel de l'évidence, puisque tout appartient à Dieu) : "Et donnez-leur du bien de Dieu que Dieu vous a donné" (24/33) ;
-- b.b) soit le rapport d'annexion exprime que cette chose bénéficie d'une attention particulière, d'une élection de la part de Dieu ; c'est le cas dans "le Messager de Dieu", "la chamelle de Dieu" (91/13), "Ma Maison" (2/126).

Ce qu'il importe en premier lieu, c'est donc de déterminer si le nom qui est en rapport d'annexion avec le nom "Dieu" représente quelque chose qui est séparé (munfasil) ou non de l'Etre de Dieu.

L'âme de laquelle il a été insufflé en Adam, est-elle séparée de Dieu ou non ? La réponse est bien entendu "oui", puisque cette âme est créée. Dès lors, l'expression "de Mon âme" ne signifie pas qu'il s'agirait d'un Attribut de Dieu dont une partie aurait été insufflée en Adam, mais qu'il s'agit d'une âme créée par Dieu mais qui bénéficie d'une attention particulière de Sa part, qui est élue de Lui, qui est proche de Lui. Le prophète Muhammad a clairement montré cette réalité quand il a dit, parlant de la création de Adam : "Lorsque Dieu créa Adam et y insuffla l'âme ("ar-rûh"), (Adam) éternua. (...)" (rapporté par at-Tirmidhî, 3368 ; voir d'autres hadîths du même genre in Al-Bidâya wa-n-Nihâya, 1/104-106).

Tout être humain possède une âme (rûh) ; et il ne s'agit pas seulement de la vie biologique, car la rûh est une chose qui se sépare du corps à la mort et qui subsiste, comme les paroles du Prophète l'enseignent (l'emploi de ce terme "rûh" pour décrire cette âme qui est reprise à la mort est très présent dans la Sunna ; quant au Coran, c'est d'après un des avis que le terme "ar-rûh" présent dans le verset 17/85 désigne aussi cette âme). Maintenant est-ce que l'âme (rûh) qui se trouve dans le corps (jassad) de chaque humain (nafs insâniyya) provient elle aussi d'une âme "proche de Dieu" (donc de ce qui peut être lui aussi appelé "rûh ullâh"), ou bien est-ce que cette relation d'attention particulière est propre à l'âme de Adam ? Il est possible que cela soit général à toute l'espèce humaine. En effet, ses individus sont tous composés (murakkab) d'un corps façonné à partir d'une quintessence de boue ("sulâlatin min tîn") et d'une âme "proche de Dieu" / "élue par Dieu" ("rûh ullâh"). C'est d'ailleurs parce qu'Il l'a doté de ces particularités que Dieu a fait de l'homme, en soi, son lieutenant sur terre (khalîfatullâh fi-l-ardh) : d'un côté les éléments principaux extraits de la boue terrestre ; de l'autre côté une âme spirituelle qui est attirée par Dieu et qui ne trouve de la satisfaction et du plaisir que dans le rapprochement (taqarrub) avec Dieu. Le djinn a, lui, été créé avant l'homme, mais il l'a été à partir d'un feu ardent (Coran 15/27), à partir d'un feu sans fumée (55/15) ; s'il est lui aussi sujet à la mise à l'épreuve sur terre, responsable de ses croyances et de ses actes, et devant être jugé le jour du jugement, le djinn n'est ainsi pas composé mais est créé à partir d'un seul constituant. C'est pourquoi s'il est lui aussi responsable de ses croyances et actions (mukallaf), ce n'est pas lui qui a été désigné lieutenant de Dieu sur terre.

Si on garde cet avis, selon lequel l'âme humaine en général est une âme "proche de Dieu" et bénéficie donc de l'appellation "rûh ullâh", la particularité de Adam par rapport aux autres humains est que dans le cas de chaque humain, c'est l'ange chargé de cette tâche qui insuffle l'âme de cet humain en son corps, lorsqu'il est un fœtus de quatre mois, dans le ventre de sa mère (c'est ce que le prophète Muhammad a dit : rapporté par Muslim 2643 ; voir aussi Sahîh ul-Bukhârî, 7016, et FB 12/591) (si toutes les âmes humaines sont créées et l'ont été à un moment donné, il y a divergence d'avis entre les ulémas quant à savoir si chaque âme est créée au moment d'être insufflée dans le fœtus, ou bien si elles avaient déjà été créées avant et sont seulement insufflées dans leur corps respectif quand celui-ci est un fœtus de quatre mois d'âge : cf. Ar-Rûh, Ibn ul-Qayyim, Dix-huitième question, pp. 149-168). Par contre, en ce qui concerne Adam, c'est Dieu Lui-même qui a insufflé l'âme en son corps. C'est pourquoi, le jour du jugement, quand les hommes iront voir le père de l'humanité pour lui demander d'intercéder auprès de Dieu afin qu'Il commence le Jugement, ils lui diront : "Tu es Adam ; Dieu t'a créé de Sa Main ; Il a insufflé en toi de Son âme ; Il a fait se prosterner devant toi Ses anges ; et Il t'a enseigné les noms de toute chose" (al-Bukhârî 3162, 4435, Muslim 194) ; Moïse l'a aussi dit à Adam lors de leur célèbre discussion, dans le monde après la mort, au sujet des difficultés qu'a entraînées l'erreur ayant consisté à manger le fruit interdit (Muslim 2652). Ce sont là quatre particularités de Adam.

Quant à Jésus, s'il n'est pas né comme les êtres humains naissent en général, il ne l'a pas été non plus selon le mode particulier que Adam a connu. En effet, au contraire de Adam, l'âme n'a pas été insufflée en Jésus par Dieu Lui-même, mais par un ange. Quand Dieu dit : "Et celle qui avait préservé sa chasteté ; Nous insufflâmes en elle de Notre âme" (Coran 21/91), le fait que cette action soit rapportée (mansûb) à Dieu est dû au fait que c'est Dieu qui a chargé l'Ange de le faire ; mais, concrètement, c'est l'ange qui l'a fait, comme le prouve le verset de la sourate Marie (nous allons y revenir) ; c'est ce qui fait la différence entre Jésus et Adam. Cependant, d'un autre côté, au contraire de ce qui se passe pour les autres fils d'Adam, dans le cas de Jésus l'ange n'a pas insufflé l'âme dans un fœtus de quatre mois d'âge ; l'ange a insufflé l'âme dès le début, et c'est cela qui, grâce à l'action directe de la parole "Sois !" de Dieu, a donné Jésus : les circonstances ordinaires étant absentes, la présence de cette âme est rapportée à (mansûb ilâ) la seule volonté de Dieu ; c'est pourquoi Jésus a été nommé "une âme (venant) de Dieu".
Par ailleurs, dans le cas de Jésus, cela n'a pas été l'ange commun en charge de cette tâche qui a insufflé l'âme ; cela a été l'ange Gabriel, le plus grand de tous les anges. En effet, c'est Gabriel qui est désigné par les mots "Rûhanâ" ("Notre Esprit") dans le verset de la sourate Marie : "Et mentionne Marie dans le Livre. Quand elle se retira des siens en un lieu vers l'est, puis plaça un voile entre elle et eux. Nous lui envoyâmes Notre Esprit (rûhanâ), qui se présenta à elle sous la forme d'un homme parfait. Elle dit : "Je cherche refuge contre toi auprès du Miséricordieux ! Si tu crains Dieu [ne t'approche pas de moi !"] Il dit : "Je ne suis qu'un messager de la part de ton Seigneur, afin de te donner un fils pur". Elle dit : "Comment aurais-je un fils, alors qu'aucun homme ne m'a touchée [étant marié à moi], et que je ne suis pas une femme de mauvaise vie [ayant des relations hors mariage] ?" Il dit : "Ainsi en sera-t-il. Ton Seigneur a dit : "Cela est facile pour Moi. Et Nous ferons de lui un signe pour les gens et une miséricorde de Notre part." C'était un événement déjà décidé. Elle devint donc enceinte, et se retira en un lieu éloigné" (Coran 19/16-22). Le récit de cette annonce faite à Marie est également évoqué en Coran 3/45-51, et là on lit clairement : "Lorsque les anges dirent à Marie (...)" (3/45) : il s'agit soit de Gabriel seulement, évoqué au pluriel de grandeur ("les anges"), soit de Gabriel avec d'autres anges. Gabriel a été de nouveau désigné par ce nom "Esprit" ("rûh") dans le verset qui parle de la descente du Coran : "Et il [= le Coran] est (quelque chose) descendu de la part du Seigneur de l'Univers ; l'Esprit Fidèle (ar-rûh ul-amîn) l'a fait descendre sur ton cœur, afin que tu sois du nombre des avertisseurs. (Il est) en langue arabe. Et il (était annoncé) dans les Livres des Premiers. N'est-ce pas un signe pour eux que les savants des fils d'Israël le savent ?" (Coran 26/192-197). Quant au verset où on lit "Durant la (nuit du Destin) les Anges et l'Esprit descendent, par la permission de leur Seigneur, avec tout ordre" (Coran 97/4), il n'implique pas, comme le croient certains, que cet Esprit est forcément autre chose qu'un ange ; le fait est que cela relève de la figure rhétorique bien connue de "mention du particulier après mention du général, pour souligner l'importance du particulier" : l'Esprit est bien un ange (il s'agit de Gabriel), mais l'expression "les anges" pouvant signifier seulement "un grand nombre d'anges", Dieu a souligné que, lors de la nuit du Destin, cet ange important qu'est Gabriel aussi descend sur terre. On a un autre exemple de la même veine dans un autre verset coranique : "Dis : "Celui qui est ennemi de Dieu, de Ses Anges, de Ses Messagers, de Gabriel, de Michaël, (qu'il sache que) Dieu est l'ennemi des incroyants"" (2/98) : on voit bien ici la mention de Gabriel et de Michaël après la mention de l'ensemble, général, des "Anges de Dieu" : même si Gabriel et Michaël font partie des Anges, ils ont été mentionnés séparément, eu égard à leur importance : il s'agit de la figure rhétorique bien connue de "mention du particulier après mention du général, pour souligner l'importance du particulier".

C'est donc le Rûh qu'est Gabriel qui a insufflé dans le corps de Marie le rûh de Jésus, ce qui, grâce à l'action directe de la parole "Sois !" de Dieu, a donné Jésus (alors que, pour les autres fils d'Adam, c'est l'ange chargé de cette tâche qui insuffle le rûh de chaque humain dans le fœtus de quatre mois d'âge, lui-même né par la volonté de Dieu mais par le biais des éléments mâle et femme s'étant "mélangés").

En tout état de cause, dans le verset où il est dit de Jésus qu'il est "rûhun minallâh", "une âme de Dieu", la particule "min" ("de") a le sens de "ibtidâ' ul-ghâya" : "une âme venant de Dieu" : les circonstances ordinaires étant absentes, le fait qu'il y ait eu une âme nommée Jésus est rapporté à (mansûb ilâ) la seule volonté de Dieu ; Jésus est donc "une âme venant de Dieu".

Des Commentateurs du Coran relatent qu'il y avait un médecin chrétien (et arabe) qui se rendait à la cour du calife Haroun ar-Rachid ; une fois, discutant avec al-Wâqidî, il cita ce verset 4/171 pour essayer de prouver que d'après le Coran lui-même, Jésus est une partie de Dieu. Al-Waqidî, voulant lui montrer que la particule "min" ne désigne pas forcément "la partie" (tab'îdhiyya) mais certaines fois l'origine de l'octroi (ibtidâ' ul-ghâya), lui cita alors le verset 45/13 : "Et Il a assujetti pour vous tout ce qui se trouve dans les cieux et la terre, de Lui ("minh")" (Coran 45/13) ; il lui demanda en substance : "En déduirez-vous aussi que toute chose est une partie de Dieu, que Dieu est incarné en toute chose ?"

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C) Des expressions voisines dans le Coran et la Sunna :

Dans le Coran on lit aussi, à propos du prophète Muhammad (sur lui soit la paix) : "Et tu n'as pas lancé, lorsque tu as lancé, mais Dieu a lancé" (Coran 8/17) : ce verset fait allusion à un épisode de la bataille de Badr (toute la sourate 8 est d'ailleurs consacrée à l'évocation de cette bataille), quand le Prophète lança en direction de l'ennemi une poignée de terre, laquelle atteignit miraculeusement les yeux de tous les soldats de l'armée adverse, pourtant assez éloignés et en nombre important. Dans ce verset, l'action est tout à la fois attribuée à Muhammad ("lorsque tu as lancé"), et niée de lui pour être attribuée à Dieu ("tu n'as pas lancé", "mais Dieu a lancé"). Cela ne veut pas dire que Dieu aurait pris la place de Muhammad quand celui-ci a fait le geste de lancer la poignée de terre, ni que Dieu se serait incarné en lui. Cela veut simplement dire que le résultat de l'action que Muhammad a faite est inhabituelle, miraculeuse : il a bien fait le geste de lancer la terre, avec l'objectif qu'elle atteigne l'ennemi – et c'est pourquoi l'action lui est attribuée ("lorsque tu as lancé") –, mais le geste qu'il a fait est incapable de faire parvenir la terre jusqu'à l'ennemi – et c'est pourquoi l'action est niée de lui pour être attribuée à Dieu ("tu n'as pas lancé", "mais Dieu a lancé").

Toute action ou tout résultat d'action qui se produit alors qu'elle (ou il) sort du cadre existentiel (takwînî) normal (mu'tâd) est attribué(e) à Dieu.

C'est bien pourquoi, quand un groupe de musulmans d'origine yéménite vinrent demander au prophète Muhammad s'il disposait de montures à leur fournir, le Prophète leur dit : "Par Dieu, je ne vous fournirai pas de monture ! Je ne dispose pas de montures à vous fournir". Mais plus tard, ayant obtenu des montures, il fit appeler ces Compagnons et les leur remit. Alors que ces musulmans d'origine yéménite emmenaient les animaux qu'ils venaient de recevoir, ils se dirent qu'ils feraient mieux de rappeler au Prophète son serment, car il l'avait peut-être oublié. Mais celui-ci leur dit : "Ce n'est pas moi qui vous ai fourni des montures, c'est Dieu qui vous a fourni des montures. Et chaque fois que je ferai un serment à propos de quelque chose et que je verrai ensuite quelque chose de meilleur, je donnerai la compensation et ferai ce qui est meilleur" (al-Bukhârî, Muslim, an-Nassâ'ï, etc.). Le Prophète ne voulait pas dire ici qu'il n'a pas fait l'action de fournir ces montures à ces Compagnons (car si c'était ce qu'il voulait dire, il n'aurait pas évoqué le fait que quand il fait un serment et voit ensuite quelque chose qui est meilleur que ce au sujet de quoi il avait fait serment, il donne la compensation - kaffâra - et fait cette autre chose) ; ce qu'il voulait dire c'est que, au vu des causes apparentes, il n'avait aucune possibilité de leur fournir des montures, mais Dieu a ensuite fait en sorte que, contre toute attente, des montures ont été disponibles ("Il voulait dire : J'ai fait le serment en considérant l'apparence des causes ; et cela est venu de la part de Dieu contrairement à ces causes" - Hâshiyat us-Sindî 'alâ Sunan in-Nassâ'ï ; "ces (chameaux) n'ont pas été (disponibles) par quelque chose entrepris par le Prophète" - Fat'h ul-bârî 11/748).

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Par ailleurs :

Le texte du Coran, lui, est bien une partie de l'ensemble des Paroles de Dieu : il s'agit de l'ensemble des paroles que Dieu a prononcées à l'intention de Muhammad pour que celui-ci le retransmette aux hommes, et dont Il a voulu que, depuis l'époque de Muhammad jusqu'à peu avant la fin du monde – quand Il fera disparaître de la Terre la connaissance de ces Siennes Paroles ("ilayhi ya'ûdu" : "ay 'ilmuhû", explique Ibn Taymiyya) –, les hommes s'y réfèrent pour leurs croyances et pour leur vision de ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas, de ce qui constitue les limites et de ce qui constitue les orientations.

Malgré cela les musulmans ne s'adressent pas au Coran en lui disant : "O Parole de Dieu, aide-nous !" / "pardonne-nous" / "assiste-nous" (cliquez ici et ici).

Wallâhu A'lam (Dieu sait mieux).

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